Bordeaux à la périphérie

Bordeaux-Bruxelles. La France et la Belgique. 873 km soit un peu plus d’une heure de vol pour une liaison aérienne directe. Une bagatelle en somme. Mais la réalité est tout autre…

Bordeaux est l’un des plus importants ports historiques de l’océan Atlantique. La ville s’est avant tout tournée vers l’Ouest et l’outre-Atlantique. Elle s’est ensuite centrée sur ses richesses maritimes et viticoles. Longtemps surnommée la belle endormie, elle a cependant retrouvé de son dynamisme ces dernières années.
La Belle au Bois Dormant, de peur de rater son Prince Charmant, s’est transformée en un immense chantier avec la construction du tramway, la réhabilitation des quais et affiche aujourd’hui un nouveau rayonnement. Le but ultime de ces grands travaux est de redynamiser la ville et la faire passer du statut de métropole régionale à celui de ville européenne à part entière.Dans les faits, 873 kilomètres la séparent du centre névralgique européen qu’est Bruxelles et 970 km de Strasbourg où siège le Parlement européen. Bordeaux est, à ce titre, classée dans les villes à la périphérie. Sous-entendu les villes trop excentrées au regard du cœur européen pour bénéficier directement de ses avantages. Si l’on ajoute le fait que Paris est située sur la ligne Bordeaux-Bruxelles et accapare donc une grande partie des investissements européens, on comprend mieux les difficultés de la capitale de la région Aquitaine à se faire une place dans l’arène communautaire.

De plus, ses infrastructures peinent à suivre la cadence. Le réseau ferré français est reconnaissable par sa forme étoilée, traduction de l’adage selon lequel toutes les routes mènent à Rome, ici en l’occurrence à Paris.
Si l’on veut partir de Bordeaux à destination de Bruxelles, il faut se lever tôt et s’armer de patience. La seule liaison directe est un TGV par jour qui met 5h33. Les retardataires qui ont eu la malchance de rater leur train devront ensuite se contenter du TGV qui relie Bordeaux à Paris et ensuite goûter aux joies du métro parisien, ou du taxi pour les plus pressés, afin de rejoindre la gare du Nord pour attraper le premier Thalys sur le quai qui les acheminera à destination. A conseiller aux plus courageux seulement…
En théorie, la voie aérienne est censée être sinon la plus rapide du moins la plus directe. Mais, depuis la fermeture en juin dernier de la liaison directe Bordeaux-Bruxelles, rien n’est moins sûr. Les Bordelais à destination de la Belgique ont donc en exclusivité la joie de visiter les aéroports de Paris, Lyon ou Londres en attendant leur correspondance. Etre Européen à Bordeaux demande un certain enthousiasme et une grande patience !

D’après le Conseil Economique et Social Régional de l’Aquitaine, la conjoncture 2009 pour les transports en Aquitaine est plutôt dans le rouge. Malgré les efforts affichés de Bordeaux en vue de son désenclavement, les résultats ne sont pas à la hauteur, tant pour le transport ferroviaire avec une diminution du fret de 30% entre 2008 et 2009 que le transport aérien avec une baisse générale de la fréquentation de l’aéroport de Mérignac. La cause principale ? La disparition des lignes aériennes régulières au départ de Bordeaux vers des grandes villes européennes comme Bruxelles, qui a grandement lésé l’attractivité économique de la capitale aquitaine.

La solution proposée à ce casse-tête chinois serait la construction de la nouvelle ligne grande vitesse baptisée Sud Europe Atlantique. Elle est censée drainer entre 3,6 et 5 millions de voyageurs supplémentaires par an, selon les estimations les plus optimistes, et a pour but principal de désenclaver la périphérie, en l’occurrence le Sud Ouest français puis, à terme, la péninsule ibérique.
Le début du chantier, sans cesse retardé depuis dix ans, est désormais prévu pour 2011 avec une mise en service pour 2016. Il consiste en la construction d’environ 200 km de lignes entre Bordeaux, Toulouse et le Sud Ouest et, enfin, vers l’Espagne. Ces lignes sont destinées au passage de nos fameux TGV, qui circuleront jusqu’à 360km/h. Rappelons qu’à l’heure actuelle la ligne Paris-Bordeauxn’est réellement à grande vitesse que jusqu’à Tours, les TGV roulant ensuite à vitesse réduite sur une voie normale. D’où un temps de trajet d’au moins 3 heures, contre 2 sur une voie dédiée. Le coût budgétaire du projet Sud Europe Atlantique n’est pas anodin : pas moins de 3 milliards d’euros devraient être investis rien que pour le tronçon Bordeaux – Toulouse.
La ligne Sud Europe est censée compléter le réseau de lignes à grande vitesse du Nord de l’Europe qui relient notamment Bruxelles, Amsterdam, Cologne, Paris ou encore Londres. Elle permettrait ainsi de rendre accessible Bordeaux d’un point de vue européen. L’horizon 2016 est cependant bien lointain et laisse le temps à de nombreuses autres villes et régions de s’affirmer au niveau communautaire en laissant provisoirement Bordeaux sur le banc de touche.
En outre, ce projet n’est pas sans soulever d’opposition. Le tronçon prévu entre Bordeaux et Toulouse a su trouver un certain consensus, mais le bât blesse quant au prolongement vers nos voisins hispaniques, en particulier pour le tronçon Bordeaux-Bayonne qui ne parvient pas à faire l’unanimité. Ce prolongement vers l’Espagne est pourtant indispensable, puisqu’il représente la condition sine qua non pour l’obtention des crédits européens.

En somme, le réveil tardif de Bordeaux manque cruellement de répondant. Les retombées bénéfiques de la nouvelle ligne à grande vitesse sont quant à elles assurées. Reste à la ville à ne pas retomber dans une certaine léthargie en attendant que l’Europe vienne à elle…

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